Objectif sport

Analyses et billets d'humeur de passionnés du sport

16 juin 2011

Si je vous dis "Lee" ?

Dans quelques jours sonnera l'ouverture officielle du mercato estival, lequel constitue, en cette année impaire et maudite, l'unique petite friandise qui calmera des organismes en état de manque.

On n'arrête pas les rêves

Il ne faut pas s'attendre à ce que les clubs français fassent des folies sur un marché des transferts destiné à rester calme. C'est ce qu'on lit et ce qu'on entend déjà partout. Pas question de casser les tirelires en ce temps de crise qui sévit à toutes les extrêmités du vieux continent comme ailleurs...

Je crois que la crise à bon dos. Où est l'effet de surprise d'une telle annonce au pays des mangeurs de grenouilles ? Depuis que le football hexagonal est entré dans son ère moderne, les clubs sont rompus à la discipline budgétaire, un peu par crainte d'un bâton que d'aucuns parmi les plus puissants ou les plus ambitieux décrivent comme posé dans leurs roues. Le refrain, volontiers rabat-joie, est en fait servi à la fin des semestres.

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Un marché promis à l'inactivité, triste perspective ? J'aurais tendance à dire "pas du tout". D'abord parce qu'il a déjà beaucoup bougé avant même que ses portes ne soient ouvertes. On sait, par exemple, où Kevin Gameiro ratera les deux tiers de ses occasions. Mais les premiers remous ont surtout été provoqués par une étonnante valse des entraîneurs. Au jeu des chaises musicales, d'ailleurs, Bordeaux, Lille et la Real Sociedad ont tiré leur épingle du jeu : le premier en mettant la main sur un vrai formateur, le deuxième en conservant - pour l'heure - Rudi Garcia et le dernier en donnant sa chance à un homme qu'on est curieux de voir marcher dans les pas de Raynald Denoueix.

Ensuite, et plus fondamentalement, parce que les barrières, même innombrables, n'empêchent pas de rêver. Bien sûr, on se prend à s'exciter lorsque le Qatar s'invite dans la Ligue 1 et promet d'amener dans ses valises, à côté des liasses de dollars dont les origines ont de quoi hanter les nuits de Tracfin, des stars. On a imaginé Forlan - une étoile éteinte - ou Eto'o ou Drogba. Maintenant, après le réveil, ce sont les jeunes pousses brésiliennes qui pourraient grandir dans le club de la capitale à la condition de réaliser un recrutement préalable de poids, celui du très classieux Leonardo.

La méthode mise en place à Paris me paraît intelligente. Elle ressemble à une politique pensée et, rien que pour ça, elle me plaît assez. Comme une partie d'échecs où l'on place d'abord les pièces avant de songer à frapper. Mais il reste au fond une idée, celle que les rêves s'achètent à prix fort. Evidemment, le projet suscite l'adhésion réflexe des supporters qui fantasmeront à leurs couleurs. Plus besoin de regarder avec envie ceux qui, en Angleterre ou ailleurs, investissent des milliards pour satisfaire des désirs mégalomanes ou philantropes - qui sait, après tout ? - sans toutefois réussir à éliminer parfaitement les soupçons quant à la propreté des fonds injectés au vu et au su de tous.

Une tête et des jambes

Il y a, je crois, une autre façon de rêver, plus saine et moins coûteuse. Car ce sport n'est finalement fait que de  jambes et il ne suffit pas de jeter les euros et des noms pour faire vibrer. On peut aussi soumettre un projet sur trois ou quatre ans, promettre le beau jeu et s'efforcer de le réaliser en choisissant bien ses ouvriers. Or, une telle sélection n'implique pas nécessairement de sortir le carnet du cheick.

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Il y a les joueurs libres dont le coût se limite au versement d'une prime de signature au joueur et à son agent. Ils ont fait beaucoup parlé d'eux cette année et ont suscité toutes les convoitises. Amalfitano, mais aussi Marveaux, Delgado ou Frau sont des joueurs sur lesquels un projet peut se construire.

Il y a aussi les trentenaires ou les joueurs en dernière année de contrat. Qui songerait, par exemple, à mettre 10 millions sur la table lyonnaise pour attirer Kim Kallstrom ?

Il y a encore les joueurs dont la clause libératoire, glissée dans le contrat de travail, prévoit le versement d'une indemnité au montant sans aucun rapport avec leurs performances. Rami, Cabaye ou Alou Diarra peuvent circuler pour 5 millions chacun.

Il y a ceux, aussi, qui sont en situation vulnérable. Qu'ils rentrent d'exil après une expérience étrangère ratée, qu'ils sortent d'une saison qu'on dit modestement "compliquée" ou que leur employeur cherche à soulager sa masse salariale, et les négociations se détendent. Ce n'est certes pas aussi vrai que deux et deux font quatre : Benoît Tremoulinas conserve un potentiel trop important pour faire baisser les prix et même si le joueur n'est plus en odeur de "sainté", Dimitri Payet demeure - anormalement - cher. Mais Sidney Govou s'est déjà préparé à des sacrifices pour fouler à nouveau les pelouses nationales. Park non plus ne serait pas difficile à faire décoller de son rocher (on apprend, le 29 juin, qu'il partirait à Lille pour moins de 9 millions d'euros)... 

Et ceux qui évoluent dans les championnats de l'ombre, dans les divisions inférieures ou dans les Etats limitrophes où les rémunérations sont souvent plus maigres. Quand on pense que Valbuena n'a rien coûté, que Sonny Anderson est passé par la case Genève, que Defour et Mangala bouchonnent à Liège et qu'on découvre seulement Olivier Giroud...  

Et puis il y a les jeunes pousses, parfois disponibles en prêt. Des graines de quelque chose qu'il faut pouvoir distinguer d'un tas d'autres choses. Un achat à risque, qui ne l'est plus lorsque le travail de détection est bien fait. Il y a des hommes pour ça, des hommes dont c'est le métier, des hommes payés pour voir avant les autres le talent brut d'un gamin en culotte courte. Il y en a pourtant beaucoup, au sein des recruteurs, qui laissent passer entre les mailles du filet de bons joueurs par lassitude ou par ennui, quand ils ne font pas primer les intérêts privés en s'occupant d'abord de renvoyer l'ascenseur à un agent avec qui ils ont fait affaire dans le passé plutôt que d'assurer leur mission les yeux ouverts dans l'intérêt de leur employeur.

Un sud-Coréen parmi les sud-Coréens

Parmi ces joueurs sur lesquels on miserait bien, il y a Lee. Hein ? Quoi ? Qui ? Lee ! Yongjae Lee ! Je sais bien que "il n'y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu'un autre Coréen", mais bon sang !

Là, à l'instant, je me sens dans mes baskets comme celui qui commet la moitié d'un crime. C'est que j'ai l'impression de compromettre l'avenir du club de ma ville en dénonçant le talent de l'attaquant de pointe de la réserve nantaise (qui compte tout de même une foule d'apparitions en Ligue 2 cette année). Certes, le FCNA n'a pas besoin de moi, il se le compromet tout seul comme un grand. Mais la Ligue 1 doit s'intéresser à celui qui a posé ses valises en 2009 sur les bords de l'Erdre.

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La mèche rebelle tombant sur les yeux, il est vif, rapide, technique. Il peut encore soigner son efficacité devant le but mais se déplace bien. Il lui manque assurément des tas de choses pour devenir grand, mais il a aussi pas mal d'avance sur les concurrents de son âge. Un soir où un géant était de sortie, je l'ai vu effectuer un contrôle en porte-manteau digne d'un Zidane en état de grâce, après un appel de balle intelligent et une transversale venue dans son dos (jolie passe du n°6, d'ailleurs, dont je n'ai pas le nom...). Le reste est anecdotique, mais le geste n'est pas anodin. Il vaut au moins un intérêt, voire de la confiance. Le faire venir pour achever sa formation ne coûterait probablement pas plus de 2 millions.

Il y a des gens dont c'est le métier de trahir ces secrets. Il paraît.

Posté par charlesnda à 19:19 - Football - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Erratum : aux dernières nouvelles des tractations en cours entre Marseille et Bordeaux, la venue de Tremoulinas se négocierait autour de 4 millions d'euros... ! Avis aux amateurs !

    Posté par Charles, 17 juin 2011 à 10:08
  • !!!

    Et le football féminin, on en parle pas sur ce forum ? bouhhhh

    Posté par Robert, 10 juillet 2011 à 18:10

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