Objectif sport

Analyses et billets d'humeur de passionnés du sport

31 juillet 2010

All in Vegas

 

Par JPB.

(Lire également, parmi les derniers posts, "Soy un Espanol", "Gazon mythique" et "Boue, dengue et David Lynch")


 

Avez-vous déjà vécu dans une parenthèse ? Moi, oui. Une parenthèse ouverte il y a un mois tout rond.

Pour ceux qui l'ignorent, je reviens de Vegas (dire "Vegas", au lieu de "Las Vegas", vous évite d'être regardé comme un extraterrestre - remarquez, la fameuse zone 51 n'est plus très loin, perdue dans le désert du Nevada...) où j'ai pris part à un Main Event de Texas Hold'em No-Limit...

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Hein ? Ok, je la refais : je me suis retrouvé convoqué dans l'arrière-boutique de l'Oncle Sam pour y disputer un championnat du monde de poker. "Championnat du monde de poker"... Un mois après, ces mots continuent de décharger sur moi leur électricité.

Les championnats - les WSOP (World Series of Poker) - sont riches d'une centaine de tournois, s'étalant sur un mois et demi de compétition. Je me suis qualifié un peu par hasard pour l'Event #54, l'un des moins primés. Imaginez : un droit d'entrée fixé à 1 000 $ lorsque d'autres "buy in" sont à 50 000 $... Dérisoire !

IMG_4620Après un premier repérage des lieux - la salle est immense comme le désert et extrêmement bruyante à cause des joueurs qui frottent nerveusement leurs chips (jetons) les uns contre les autres, avec une dextérité que je jalouse un peu -, je me suis assis à la gauche du croupier, seat 1 de la table #57. Il est 12h et le tournoi, programmé sur trois jours, doit se vider de 80 % de ses joueurs avant minuit (3 842 sur la ligne de départ...).

Sans_titre_4Tenir. Tenir jusqu'à demain... Rester au moins jusqu'au début de soirée, où les poignées de vaincus se lèvent, laissant quelques fauteuils vides autour de tables rétrécies. Goûter à l'excitation, aussi.

Vous voulez une confidence ? Je ne sais pas si j'ai vécu une demi-seconde de trac. J'ai seulement été dérangé par la clim' située au-dessus de ma nuque, qui déversait un filet ininterrompu d'air frigorifié. Je n'avais pas prévu de me déguiser, mais j'ai enfilé la capuche du survêtement de "mon" sponsor. Pour le reste, je suis en place, vite concentré sur l'essentiel. Les premières cartes sont retournées, puis jetées : d'abord observer les autres, leurs attitudes, leur style. L'ambiance est agréable, des mots sont échangés. "What's your name ?" "Where you from ?" "I got the Kings !"... Un Américain sorti d'une pub pour son pays - maxillaires bien marqués, grand chapeau, grosse voix - invite son adversaire à jeter ses cartes, grand seigneur : il sait qu'il remporte la main, mais ne souhaite pas éliminer, si tôt, la seule femme assise à la table...

Je joue peu et gagne 4 mains sur 5. Dans les regards et les silences, on sent un peu de méfiance et beaucoup de respect. La pause intervient après deux heures de jeu - oui, ce n'est qu'un jeu...

Vingt minutes plus tard. Le croupier me sert un As (de carreau, je crois) épaulé d'un Roi de pique. La big blind est à 100, je relance à 200 avec un tapis à 2000 chips. Un seul joueur me colle. Au flop, un 6, un 8 et un As de pique. La parole me revient et j'annonce 700. L'autre hésite un peu avant de surenchérir. "1250". Soit ! "All in". Les mots tombent de ma bouche sans crainte : montrer à l'adversaire son assurance et ramasser le pot avec sa paire d'As... Je ne sais pas combien de temps il a mis à répondre, peut-être 4 ou 5 minutes. Il paie finalement et retourne un 9 et un 7, autant dire rien ou presque quelque chose - presque une quinte. Et c'est au hasard de décider si je reste ou si il a eu raison. Le turn fait tout de suite la décision : un 10 sort, de carreau. Un "Ooooooh" se fait entendre autour de moi, avant qu'une dame ne vienne fermer la marche. "You had to fold", dis-je en me levant avec un sourire pas trop forcé et en lui serrant la main.

Voilà, c'est fini. Déçu ? Pas sûr. En tout cas, je n'ai pas été envahi par les remords. Simplement heureux d'avoir été figurant dans un décor de rêve. L'émerveillement a pris le pas sur tout autre sentiment. Une parenthèse, maintenant à refermer...

IMG_5559Car Vegas est très exactement une parenthèse. C'est la capitale du tout et du rien. Quand vous atterrissez à l'aéroport McCarran, le Strip qu'on devine derrière les hôtels vous aspire déjà, vous invite à mordre dans tout, à pleine dents, y compris dans les interdits. Décomplexez-vous ! Vivez ! Soyez vous comme vous ne l'avez jamais encore été, comme vous n'aviez jamais encore osé. Découvrez-vous libre pour la première fois ! Voici, en gros, l'expérience ou la promesse que la ville de tous les péchés vous propose aussitôt que les roues ont rebondi sur le tarmac.

Après le vent sec et brûlant vous rappelant que le désert n'est pas loin, vous respirez rapidement l'air frais des hôtels. Un retour à la douceur qui vous persuade de vous asseoir près des bandits manchots ou de vous installer à une table de Black jack. Cédez, et les serveuses en tenue très légère vous servent des verres gratuitement. Tout pousse au confort et, donc, à la consommation. Au bout de dix minutes, vous voilà installé dans la ville champignon aux mille casinos. La capitale de l'argent, du sexe et du jeu.

 

Posté par charlesnda à 18:52 - Poker - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Poker à Las Vegas, la chance !

    Posté par henri, 23 août 2010 à 10:23
  • Texas in Nevada

    Hé oui ! C'est exactement cela : de la chance et une expérience vraiment à part. Une parenthèse, c'est certain.

    Posté par Charles, 23 août 2010 à 10:57

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