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13 mai 2008

"Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion..."

1995. Les Rockets de Houston, alors champion en titre, terminent la saison régulière à la 11ème place de la NBA, 6ème à l’ouest et un tableau de play-off compliqué avec les Suns de Phoenix et les Spurs de San Antonio. L’apport de Clyde « the glyde » Drexler n’a pas apporté l’effet escompté, et l’équipe cherche encore son collectif. La franchise texane est destinée à une sortie prématurée dès le premier tour et, selon l’ensemble des analystes, à une descente lente et progressive vers la fin d’une génération dorée.

Drexler, Holajuwon, Horry (déjà), et toute l’équipe sont impériaux pendant l’ensemble des play-offs, montrant un caractère et un mental exceptionnels pour sortir Phoenix au 7ème match de la série et San Antonio, avant de mettre un « coup de balai » au Magic d’Orlando du Shaq, Penny Hardaway et Horace Grant.
Le coach de l’époque, Rudy Tomjanovich, commentant ce qui avait été écrit au sortir de la saison régulière, lâchera cette phrase désormais célèbre :

« Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion… »

2008. Soirée intense. Deux matchs au programme :

22h30 UTAH- LA
4ème match de la série… Match de séries… Utah prend de l’avance dès le 1er quart. LA revient. 55-55 à la mi-temps. Match dur… Match de play-off… Turiaf est expulsé suite à un contact viril. 3ème quart équilibré. 79-75. Utah prend le large, puis s’envole sur les ailes d’un Deron Williams s’affirmant de plus en plus comme l’un des deux meilleurs meneurs de la Ligue avec Chris Paul.   
+ 12 sur deux lancers de Boozer, bien décidé à faire oublier une bien pâle prestation depuis le début de la série. 100-88 à 4 minutes et 21 secondes de la fin. Le match est plié… Il doit être plié…

« Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion… »

Derek Fisher a gagné trois titres de champion avec les Lakers. Auteur d’un shoot victorieux contre San Antonio en 2004 alors qu’il restait 0.4 seconde à jouer, il a déjà prouvé qu’il avait un mental à toute épreuve, développé dans une équipe ultra compétitive du début des années 2000 aux côtés de Shaq, Kobe ou Horry (encore…). Transféré à Utah en 2006, il quitte la franchise suite à un drame personnel : sa petite fille âgée de 10 mois est atteinte d’une forme rare de cancer de l’œil. Il choisit de mettre en sommeil sa carrière pour s’occuper d’elle. Elle doit suivre un traitement lourd et compliqué dans une clinique de LA. Les Lakers, recherchant un joueur d’expérience pour encadrer ses jeunes, notamment Farmar, le contactent. Fisher, libre de tout contrat et devant rester à LA, signe pour trois ans pour, pense-t-on, une préretraite dorée.

Mai 2008. Utah-LA. 3 minutes 59 secondes à jouer. Si les Lakers gagnent ce match, ils seront quasiment assurés de disputer la finale de conférence. Une défaite, et la pression revient sur leurs épaules. Douze points de retard. Balle dans les mains de Kobe Bryant, le MVP de la saison, LE meilleur attaquant de la planète. Il fixe la défense du Jazz et envoie le précieux sésame dans les mains de notre bon Fisher qui n’avait jusque-là brillé que par ses fautes. Les joueurs d’Utah ont fait l’impasse sur le préretraité. Il faut rentrer le shoot pour avoir encore un espoir. La pression est là, omniprésente. Il prend le risque. Bingo !!!

LA revient.

Les joueurs sont paralysés par l’enjeu. En attaque, les Jazz ne bougent plus et s’en remettent à Williams et Boozer. C’est ce dernier qui se jette dans la nasse et… marque ! 102-91. 3 minutes 40 secondes à jouer.
Bryant, encore une fois, garde la balle. Kirilenko, énorme défenseur, ne le lâche pas d’une semelle. Personne ne doute que c’est lui qui va prendre le shoot. Le système est pour lui. Mais le fauve est blessé, diminué par un terrible mal de dos. Il tente de déstabiliser le grand Russe, mais ne trouve pas l’ouverture. Il transmet au seul joueur démarqué : Fisher…. Et re-bingo !!!

102-94. 3 minutes 25 secondes à jouer.
Les Jazz sont tétanisés. Re-balle à Boozer… qui se fait intercepter par notre Fisher décidé à le gagner, ce match ! Faute d’Okur, qui prend une faute technique derrière. Un lancer à tirer. Bryant diminué, qui pour prendre le shoot ? Fisher… qui le rentre.
102-95.
Balle aux Lakers, évidemment dans les mains de Bryant. Kobe connaît Fisher depuis des années. Il connaît ses qualités et son mental. Pour lui, la question ne se pose pas. Dans un autre match, il n’aurait laissé à personne le soin de prendre ce shoot. Mais ce soir, il peut à peine sauter (enfin, pour lui, parce que se sera toujours plus haut que la hauteur à laquelle nous, simple mortel, ne pourrons jamais aller), et ce sera à Fisher de prendre ce shoot. Seulement, à ce moment-là, la défense des Jazz, vexée de s’être fait avoir deux fois, ne le lâche pas. Il tente la passe. La patate chaude arrive dans les mains de notre gentil papa. Le défenseur se jette. Cela ne l’empêche pas d’armer son tir. Le ballon part, s’élève, passe au-dessus de la main tendue du défenseur et… re-re-bingo !!!
102-98. 2 minutes 42 secondes à jouer.
Les Lakers sont revenus, les Jazz se liquéfient.

« Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion… »

Lamar Odom prend ses responsabilités et répond à Deron Williams pour arracher l’égalisation.
Malheureusement, Fisher n’aura plus la balle dans les mains, et prendra sa 6ème faute à 28 secondes de la fin. Bryant blessé, Fisher sorti, ce sont les deux rescapés des campagnes de champions qui disparaissent. Sans le cœur de ses champions, les Lakers rendent les armes. Il n’y a plus que deux champions à LA, et cela n’a pas suffi…


02h00. San Antonio – New Orleans.

Des joueurs champions, San Antonio n’en manque pas. Et comme les Rockets en 1995, peu d’observateurs pensent les Spurs capables de réaliser le doublé.
Trop vieux, trop lents, trop ennuyeux.
Les deux premiers matchs contre NO ne font que confirmer l’impression générale. Ils ne peuvent pas arrêter cette équipe athlétique, jeune et ambitieuse, menée par un diamant brut, Chris Paul. En misant tout leur système de défense sur celui-ci, ils ne peuvent arrêter ses coéquipiers. Bruce Bowen sur le meneur de NO, et il n’y a plus personne pour empêcher Stojakovic de scorer. West, Pargo et Chandler se mettent au diapason et se baladent.
A deux victoires à zéro pour NO, la série est compromise et on voit mal SA revenir. Pourtant…

« Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion… »

Gregg Popovich est un grand coach. Quatre titres de champion, et le meilleur pourcentage de victoires de l’ensemble des sports américains sur les dix dernières années. Il réalise qu’il s’est trompé, et s’adapte. Il change de stratégie. Il place Bruce Bowen, docteur ès défense de l’équipe, sur Péja Stojakovic et laisse Parker s’occuper seul de Paul. Il lance Duncan sur Chandler et limite West en plaçant successivement Thomas, Oberto et Horry (toujours…) à ses trousses, soit potentiellement dix-huit fautes sur la partie.
Parker et Paul se rendent coup pour coup et s’annihilent. Stojakovic est complètement mangé par Bowen en défense. Duncan tient Chandler, et West n’a pas la lucidité nécessaire pour ressortir la balle sur les prises à deux dans la raquette et force ses shoots. Paul est complètement coupé de ses coéquipiers, et ne peut faire la différence seul.
En attaque, les Spurs laissent les clefs à Parker et à la folie de Ginobili, revenu dans le cinq de départ. La défense de NO ne peut faire l’impasse sur les deux arrières, et laisse de la liberté à Duncan qui retrouve son niveau de double MVP.
NO coule complètement. – 11 dans le troisième match, - 20 dans le quatrième.
Popovich a su faire les ajustements nécessaires. La pression a changé d’épaule ; à NO de montrer qu’ils peuvent la supporter. SA ne se rendra pas sans combattre. SA ne se laissera pas prendre le titre.

Ces Spurs, décidément, ressemblent de plus en plus à nos Rockets de 1995.

« Il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion… »

Posté par charlesnda à 12:49 - Basket-ball - Commentaires [0] - Permalien [#]
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